Tàpies à la fondation Tàpies, à Barcelone
J’ai profité d’une petite excursion à Barcelone pour aller jeter un coup d’œil à la fondation Tàpies crée en 1984 par Antoni Tàpies lui même, et présentant des expositions temporaires d’artistes divers (en l’occurrence, j’ai pu voir la belle rétrospective d’un photographe iranien, Bahman Jalali) et des expositions périodiques consacrées à l’œuvre de Tàpies.
Je vous laisse les adresses, la vraie et celle d’Internet et vous conseille fortement d’y aller, en plus c’est juste 4euros avec la carte d’étudiant, et c’est dans le coin des belles maisons de Gaudi (le quartier de l’ Exiampe), et le bâtiment lui-même, alliant la brique apparente et le fer, a été restauré et réaménagé dans les années 80 par deux architectes du mouvement du modernisme catalan et est surmonté d’une œuvre monumentale en fil de fer de Tàpies, Nuage et chaise.
Voilà au moins quatre bonnes raisons de ne pas faire l’impasse (la quatrième c’est que Tàpies est un artiste qui vaut le détour, mais ça c’est la suite !)
(Arago, 255 – 08007 Barcelona – www.fundaciotapies.org )
Tàpies est un artiste catalan, né en 1923 à Barcelone. Très tôt il s’intéresse à l’art mais suivant les conseils de sa famille (papa avocat et maman éditrice) il commence des études de droit pendant lesquelles il continue à peindre et à dessiner. C’est après être resté alité pendant deux années à cause d’une grave affection pulmonaire qu’il commence sa carrière d’artiste.
J’aime beaucoup le travail de cet artiste car il est très diversifié et pourtant on « reconnaît », soit par l’ambiance dégagée des œuvres, bien qu’elles soient sur des supports très différents, soit par des symboles récurrents à partir d’une certaine période, comme la croix, parfois sujet du tableau, parfois présente comme signature (Rideau de fer au Violon), à la fois image et écriture, calligraphie.
Je pense souvent qu’au fond, la création artistique est comme un jeu, pas dans le sens légèreté et divertissement, ça je le sais bien, mais un jeu où on jongle, on expérimente, on change, on échange. Et j’ai trouvé que l’exposition de la fondation Tàpies retraçait bien le « jeu » de cet artiste, son jeu avec les changements ou les négations de supports. On observe ainsi l’évolution de l’artiste, ses remises en questions, et ce que je trouve génial chez Tàpies c’est qu’il a affirmé fermement sa vision de l’art, au fur et à mesure du temps. Sa pensée, on peut même parler de spiritualité, sa création et aussi son engagement politique sont totalement liés, suivent un chemin plein de diversité mais cohérent, vers une expression plus brute, par l’abstraction, le recours (retour) à la matière, et dans la fin de son œuvre, très inspiré par la philosophie bouddhiste, la création par la destruction, avec la douleur comme moteur.
En un petit tour dans les quelques salles de la fondation (six ou sept), on voit se déployer l’artiste, son œuvre et sa réflexion. Différentes inspirations et supports…
Croquis, dessins, art primitif...
proches des dessins d'enfants ou de l'oeuvre d'Artaud
(pour Tàpies aussi l'art et la maladie sont liés, la maladie déclenche la création, la nourrit, et la création est parfois comme une thérapie)
Inspiration cubiste et symboliste
Surréalisme...
Oeuvres matièristes
dans lesquelles Tàpies utilise principalements des objets de récupération, sales, "pauvres", pour creer un fait visible plus qu'un tableau, qui choque l'oeil
oeuvre en mousse taguée au spray (on reconnait la fameuse croix)
Oeuvres-objets, installations
Une armoire pleine de linge déragé, une pile d'assiette.
C'est le réalisme de Tàpies, ce réalisme pauvre, parfois triste ou inquiètant, mais qui toujours interpelle le spectateur, lui offrant dans cette pauvreté, ce "rien", un espace de médiation. A saisir...